Alliant spiritualité, amour et révolte, les chansons de Bob Marley ont su toucher la planète entière et traverser les âges portant le reggae et la Jamaïque à la connaissance du plus grand nombre. Le métis au sourire éternel a également joué un rôle politique sur son île et sa voix a même insufflé un vent d'indépendance sur l'Afrique. Ses chansons sont devenus des hymnes universels que la première star du tiers-monde a laissé en héritage à des populations qu'il n'a jamais oublié.
Au fin fond de la Jamaïque, par delà les campagnes, nichée dans les collines, se situe la paroisse de Saint Ann et ses forêts verdoyantes. La petite route de terre se faufile au travers une série de villages dont celui de Nine Miles où vivait au début du XXe siècle la famille Malcom. La petite Cedella, son père Omeriah, sa soeur Enid, ses oncles et ses tantes. La jeune fille, alors âgée de 17 ans, rencontra un beau jour un capitaine anglais de loin son aînée. De cette rencontre, naquit un petit homme métis qui allait bouleverser le monde de la musique, et pas seulement. La grossesse de Cedella précipita son mariage avec Norval Marley. Ce dernier, qui sera renié par sa famille quand elle apprendra la nouvelle, est à Kingston lorsque leur fils voit le jour le 6 février 1945. Lors du retour de son père à Nine Miles, il est baptisé Nesta Robert Marley.
Le petit garçon grandit dans une ambiance sereine bercée par les quadrilles, musique traditionnelle jouée par les orchestres locaux. Il va à l'école et découvre les joies de la vie à la campagne jouant dans les champs de son grand-père. Son père passe régulièrement le voir et subvient aux besoins de la famille. En 1955, après une longue période sans nouvelle et sans que Cedella ou Nesta soit au courant, Norval Marley décède. Deux ans plus tard, le petit Marley rejoint sa mère partie tenter sa chance à Kingston. Cedella vie à cette époque dans un ghetto de Kingston ouest, Trenchtown. Nesta va à l'école jusqu'à 15 ans, dans un milieu où les délinquants font la loi dans les rues. Dans son voisinage, il se lie d'amitié avec un jeune garçon de son âge, Bunny Livingston (qui deviendra Bunny Wailer). Ils chantent ensemble des cantiques et, avec la guitare bricolée par Bunny, composent leurs premières mélodies. Leurs influences sont américaines, le rythm'n'blues et surtout la soul qui passent à la radio, les Impressions de Curtis Mayfield notamment. En 1959, Nesta gagne une livre à un radio crochet.
Au début des années 1960, l'adolescent travaille dans un atelier de soudure et tous les soirs exerce son chant sous la protection de Joe Higgs, musicien confirmé, qui donne des cours près de chez lui. A l'époque, les jeunes chanteurs défilent chez les rares producteurs jamaïcains, notamment Duke Reid et Clement « Coxsone » Dodd. Ceux-ci donnent parfois quelques dollars pour enregistrer un 45 tours. A la suite d'un accident à l'atelier, Nesta suit les conseils d'un de ses collègues, Desmond Dekker qui deviendra aussi chanteur, et tente de se faire enregistrer chez Leslie Kong. Soutenu par un autre débutant qui a ses entrées chez le producteur, Jimmy Cliff, il obtient une audition et enregistre trois titres dont le ska « Judge Not » qu'il a composé avec l'aide de Joe Higgs. Son premier 45 tours sort en 1962 sur le label Beverley's, il a 17 ans. Les ventes sont négligeables.
Malgré cette première sortie, la vie de Nesta se dégrade. Sa mère a une fille avec la père de Bunny, mais décide d'aller vivre avec un autre homme aux Etats-Unis. Pour faciliter leur immigration aux Etats-Unis, Cedella intervertit les deux prénoms de son fils qui devient Robert Nesta Marley. Pearl Livingston et celui que l'on surnomme désormais Bob doivent la rejoindre dès qu'elle en aura les moyens. En attendant, Marley se retrouve à la rue tandis que sa demi-soeur est heureusement accueillie par sa tante maternelle. Il ne lâche pas pour autant la musique. Bunny et lui ont rencontré un grand garçon qui a la chance de posséder une guitare, Peter McIntosh (qui deviendra Peter Tosh). Ce dernier leur apprend à en jouer, mais complète surtout le trio avec sa voix de barython qui se pose parfaitement à côté des deux autres. Les futurs Wailers chantent alors avec Junior Braithwaite et deux choristes.
A l'été 1963, un ami batteur du groupe, Alvin « Seeco » Patterson, les introduit auprès de « Coxsone » Dodd, maître de Studio One, producteur de légende jamaïcain et possesseur d'un important sound system. La première session permet de sortir le tube « Simmer down ». Un ska bondissant écrit par Bunny. Lors de l'enregistrement, les chanteurs sont accompagnés des fameux Skatalites. Les Wailing Wailers, comme les a baptisé Dodd, restent deux mois en tête du hit-parade au début de l'année 1964. Ceci ne leur rapporte pas beaucoup d'argent, mais le producteur offre un toit à Marley, derrière le studio. Sous la houlette de Coxsone, le groupe produit plusieurs ballades lentes et plaintives, « It hurts to be alone », avec Braithwaite au lead, puis « Lonesome feeling », avec Bunny au premier plan. Bob se sent alors plus à l'aise sur des titres inspirés des Impressions, « I'm still waiting », ou des reprises de standards américains dont le nom est modifié.
La musique jamaïcaine est en train d'opérer un tournant symbolisé par les six millions d'exemplaires écoulés en 1964 du disque « My boy lollipop » de Millie Small. Le label qui l'a sorti, Island records, est dirigé par un certain Chris Blackwell. Ce dernier fondera en 1967 le label Trojan afin de produire la musique jamaïquaine localement. A l'époque, les Rude boys commencent à faire régner la terreur en ville et les Wailing Wailers symbolisent la musique des ghettos d'où ils viennent. Les manières de Marley lui valent d'ailleurs d'être surnommé « Tough gong ». Les difficultés de la rue deviennent un thème prédominant des compositions de cette période. Le groupe s'éloigne donc à la fin 1965 de ses chansons d'amour dont la magnifique « Love and affection » et de Junior Braithwaite, qui fera carrière tout seul.
Malgré les succès, les Wailers en ont été assez d'être abusés par Dodd et veulent plus d'indépendance. Bob souhaite rejoindre sa mère aux Etats-Unis pour gagner de quoi créer son label, mais il s'est lié avec une jeune chanteuse, Rita Anderson, dont le groupe a enregistré à Studio One où ils se sont rencontrés. Les cheveux courts, dans son costume de scène noir, Bob Marley l'épouse le 10 février 1966. Le lendemain, il part dans le Delaware. Aux Etats-Unis, il travaille dur, laborantin, gardien de parking, parfois plusieurs jobs en même temps. Il en profite aussi pour s'interroger sur sa foi naissante pour le rastafarisme, sujet de dissension avec sa mère chrétienne, et compose. Le 6 avril 1966, Rita va voir l'empereur éthiopien Haïllé Sélassié I, réincarnation de Dieu pour les rastas, en visite à Kingston.
Bob revient à la Jamaïque en octobre 1966 et, avec la chaleur de l'été, le rythme du ska s'est ralenti. Alors que les Wailers et Rita ont continué d'enregistrer, le rock steady a fait son apparition et le groupe va s'y adapter. Après s'être fait, une fois de plus, arnaquer par Coxsone - pour qui ils ont enregistrés une centaine de morceaux - avec le titre « Bend down low », ils quittent le producteur et fondent leur label, Wailing Soul Records (et Wail'n Soul'm au début), qui ne tiendra que jusqu'à fin 1967. A cette époque, le couple Marley est retourné habiter du côté de Saint Ann, avec leur première fille Cedella, et ne vient à Kingston que pour affaires. Bob compose à ce moment là quelques uns de ses futurs tubes comme « Stir it up » ou « Trenchtown rock ». Par ailleurs, il se rapproche très fortement du mouvement rasta. Pendant que Bunny est en prison pour détention de marijuana, Peter Tosh et les Marley rencontrent le chanteur américain Johnny Nash et son producteur Danny Sims avec qui ils sympathisent. Ils travaillent avec ce dernier pendant quelques années, enregistrant quelques 80 chansons, mais peu de succès. Les textes sont moins orientés sur les réalités du pays et le son se dirige doucement vers le lent « skank » du reggae.
Durant cette période, Bob retrouve Leslie Kong, le producteur sort une dizaine de titres des Wailers en 1969. Mais le chanteur repart aux Etats-Unis pour une série de boulots qui doivent à nouveau permettre de monter sa propre structure. Quand il revient, le groupe se met au travail avec un des producteurs les plus créatifs de l'île, Lee « Scratch » Perry. Certains considèrent les sessions issues de leurs collaborations comme la meilleure période de Marley. « Sun is shinning », « Soul rebel » ou « Small axe » voient le jour à cette période. En 1970, Perry finit la formation musicale du groupe et le flanque de quelques musiciens de talents, dont les frères Barrett à la section rythmique : Aston « Family Man » à la basse et Carlton à la batterie feront bientôt partie intégrante des Wailers. Bob et Bunny fondent un nouveau label, Tuff Gong, pour enfin être payés de leurs compositions.
En 1970 et 1971, Marley va suivre Nash et Simms en Suède puis à Londres. Les Wailers travaillent avec eux dans une tentative de lancement international avec des titres plus rock qui ne marchent pas. Le groupe piétine en Angleterre alors que le reggae est en train d'exploser au niveau international depuis le succès du film The harder they come dont Jimmy Cliff joue le héros. Et celui qui a senti ce tournant est Chris Blackwell. Il a fait sa fortune en vendant du rock blanc, le seul artiste jamaïcain qu'il produit est Jimmy Cliff. Blackwell suit les Wailers depuis longtemps et, par un curieux hasard, a distribué en Angleterre un des premiers 45 tours de Marley, « One cup of coffee ». En poussant la porte de son bureau à Londres fin 1971, Bob ouvre aux Wailers les portes de la gloire.
Les séances aux studios Harry J's début 1972 aboutiront à la sortie de l'album Catch a fire en décembre en Angleterre, véritable première sortie internationale. Les paroles enflammées dénonçant l'esclavage et la dure vie des ghettos donnent une nouvelle orientation au reggae alliant basses imposantes et overdub plus rock. Le disque rencontre seulement un succès d'estime, mais le ton est donné. Jah n'est pas encore complètement dans la vie du chanteur et ses longues tresses que le public lui connaît commencent seulement à pousser. Côté amitié, Alan « Skill » Cole, joueur de football jamaïcain et manager du groupe par moment, passe de longues heures sur le terrain à jouer avec Bob, qui nourrit une véritable passion pour ce sport. Chris Blackwell acquière la villa du 56, Hope road à la même période, qui deviendra le quartier général de Marley quelques temps plus tard. 1972 est également une année électorale importante sur l'île, car le socialiste Michael Manley devient Premier ministre. A la Jamaïque, la politique a une incidence sur tout, et notamment sur la violence des ghettos.
Mais début 1973, les Wailers sont appelés vers d'autres destinations. Ils tournent en Angleterre, dernière tournée de Bunny Wailer qui décide au retour de ne plus faire de concerts à l'étranger. Il est remplacé par Joe Higgs, le professeur des débuts. Le chanteur participe toutefois aux sessions de Burnin' qui verra le jour en octobre 1973. Les sonorités plus jamaïcaines cimentent un disque qui contient plusieurs titres entrés dans l'histoire : « Get up, stand up » et « I shot the sheriff ». Aux Etats-Unis, après quelques dates en première partie de Sly & The Family Stone, les Wailers continuent la tournée seuls. Joe Higgs quitte le groupe avant que celui-ci ne rejoigne l'Angleterre. Le froid et le départ du clavier Earl Lindo mettront un terme prématuré à la série de concerts prévus. Les Wailers rentrent sur leur île. Juste avant son retour, Bob décide avec Chris Blackwell de prendre le contrôle, ce qui signifie que Peter Tosh est évincé. Ce sera désormais « Bob Marley & The Wailers ».
Sans tournée à l'ordre du jour, le groupe ne joue quasiment pas dans son pays sauf à une reprise, en première partie de Marvin Gaye, occasion pour Bob de monter sur scène avec Peter et Bunny. Lors de ce concert, il rencontre Don Taylor, manager de Gaye, qui veut travailler avec lui. Mis à part cette date, 1974 est une année de travail marquée, à l'été, par la reprise de « I shot the sheriff » par Eric Clapton qui atteint la première place des charts américains. Le morceau passe même sur les ondes jamaïcaines sur lesquels les titres des Wailers ne sont pas diffusés. Natty Dread sort en 1975 avec des textes toujours aussi forts et rebelles, mais un son qui a évolué, notamment avec le langoureux « No woman, no cry ». Sur ce morceau, un jeune guitariste américain émigré en Angleterre, Al Anderson, pose un solo empreint de blues. Il restera avec le groupe qui a également engagé des choeurs assurés par Rita Marley, Judy Mowatt et Marcia Griffiths, surnommées les I-Threes. Comme le groupe connaît toujours des problèmes de personnels, le clavier Tyrone Downie est sollicité par Bob.
Cette année là, Don Taylor devient le manager des Wailers et organise une tournée américaine où ils resplendissent. A cette occasion, Bob commence une grande histoire d'amour avec les médias en accordant de multiples interviews fleuves où il s'étend longuement sur le rastafarisme, déstabilisant parfois les journalistes. Leurs voyages les mènent ensuite en Angleterre. La performance de Londres au Lyceum sera enregistrée et publiée quelques mois plus tard sous le nom sobre de Live !. Les sept titres sont menés à la baguette avec tout le perfectionnisme que son leader impose à ses troupes. La version de « No woman, no cry » gravée ce soir là est intense, pure, inoubliable. Elle fera le tour du monde élevant le chanteur au rang de star. Le 27 août, c'est le choc, Sa Majesté Haïlé Sélassié est assassinée. En réaction à la polémique sur la divinité de l'empereur, Marley chante « Jah live ». Fin novembre, les Wailers participent à un concert de charité donné par Steevie Wonder à Kingston. A cette occasion, Bob, Peter et Bunny jouent pour la dernière fois ensemble.
Nouveaux changements en 1976 avec le départ du groupe d'Al Anderson qui part jouer avec Peter Tosh. Il faudra deux guitaristes pour le remplacer : le Jamaïcain Earl « China » Smith et l'américain Don Kinsey. Ils intègrent les Wailers à l'aube du plus grand succès commercial du vivant de Bob, l'album Rastman Vibration. Celui-ci décevra les fans originels car le ton est moins militant, plus spirituel, pourtant, le titre phare de cet album, qui sort en mai 1976, est une adaptation d'un discours d'Haïlé Sélassié à l'ONU en 1968 rebaptisé « War ». Marley est rarement crédité pour ses compositions car son passage chez Island a été l'objet de concessions auprès de ses anciens producteurs et notamment de Danny Sims. Plutôt que de lui donner de l'argent, le chanteur préfère que le groupe ou certains de ses amis soient indiqués comme compositeur. Ainsi, Vincent Ford est censé avoir écrit « No woman, no cry » ou « Rastaman vibration » bien qu'il soit plus connu pour avoir entretenu les feux les soirs de veillés que pour avoir tenu un instrument entre ses mains...
Lorsque le groupe revient en septembre de sa tournée aux Etats-Unis et en Europe, le climat politique s'est nettement dégradé à la Jamaïque. Michael Manley essaye de maintenir le calme des ghettos de Kingston d'une main de fer. Bob tente alors de lancer un événement de réconciliation nationale. Après avoir contacté le gouvernement, le concert Smile Jamaïca est organisé et doit réunir différents artistes le 5 décembre au Heroes national park. Le Premier ministre profite de l'occasion pour programmer des élections le 20, ce qui rend Bob furieux. Mais un autre coup de théatre va intervenir. Deux jours avant le concert, les Wailers répètent à Hope Road avec leur manager. Six gunmens s'approchent de la maison et quatre tirent sur tout ce qui bouge. Chacun s'abrite comme il peut. Rita est touchée à la tête, Bob au sternum et au biceps, Don Taylor est lui atteint par cinq balles. Le groupe se disperse et le couple Marley file avec Taylor à l'hôpital. Ils s'en sortiront tous sain et sauf par un petit miracle. La cause de cet attentat est toujours aussi mystérieuse. Elle serait très probablement politique, mais les relations parfois troubles de l'entourage du groupe rendent le règlement de compte plausible. Les jeunes gunmens retrouvés assassinés n'ont jamais pu livrer leur version de l'histoire. Après une certaine confusion et de longues discussions, le concert aura finalement lieu. Les Wailers se réfugient ensuite au Bahamas.
En janvier 1977, le groupe part à Londres pour enregistrer. Junior Marvin prend la place de Don Kinsey à la guitare. Les sessions seront très productives avec une nouvelle fois Lee Perry pas très loin des studios d'enregistrement. De quoi publier deux albums : Exodus en 1977 et Kaya en 1978. Les textes sont plus posés et la musique mélange le style habituel au « rockers » en vogue à la Jamaïque. Les chansons d'amour prennent un peu plus d'importance et Kaya en pâtit fortement. Lors de la tournée qui suit, Bob se blesse au pied en jouant au foot à Paris. Trouvant enfin le temps de faire des analyses quelques mois plus tard, des cellules cancéreuses sont découvertes. Il se fait amputer un orteil afin de stopper la maladie et est forcé au repos. Les concerts reprennent toutefois en fin d'année. La situation politique est toujours aussi mauvaise sur son île, Bob veut intervenir et en trouve l'occasion grâce au Mouvement pour la paix qui organise une trêve dans les ghettos jamaïcains. Le 22 avril 1978, il atteint le sommet de sa carrière chez lui en participant avec d'autres stars de son pays au One love concert. Bob profite de l'occasion pour réunir les deux opposants sur scène. Le chanteur soulève les mains liés de Michael Manley et d'Edward Seaga en l'air pour graver cette image historique.
Les Wailers entament ensuite une importante tournée à travers le monde. Une sélection de morceaux issus de quatre concerts européen sera enregistrée et publiée sous le titre Babylon by bus. Marley trouve également le temps de se rendre en Ethiopie pour rencontrer les rastas rentrés à la terre mère, réalisant ainsi enfin son rêve d'aller en Afrique. Ces voyages africains lui inspirent un de ses plus grands disques enregistré dans son nouveau studio de Kingston : Survival qui verra le jour en 1979. Le disque d'une rare intensité a une forte tonalité politique symbolisée par le morceau « Africa unite ». Les Wailers mènent une nouvelle tournée éreintante durant laquelle leur chanteur ne suit pas les conseils des médecins de se ménager. Une nouvelle consécration l'attend avec une invitation à chanter le titre « Zimbabwe » lors des cérémonies d'indépendance de ce pays en 1980. Cette même année, il s'est rendu au Gabon et à découvert que Taylor l'arnaquait de longue date et s'est débarrassé donc du manager. A peine rentré, le groupe, accompagné de cuivres, commence à enregistrer Uprising qui contient la magnifique ballade autobiographique adaptée de l'histoire biblique de Joseph, « Redemption song ».
La Jamaïque est de nouveau en période électorale, Bob évite donc son pays et passe ses rares moments de repos dans la maison qu'il a acheté à sa mère à Miami. Mais dès la sortie d'Uprising, les Wailers reprennent la route avec un Marley usé, qui refuse de courber l'échine. L'Europe, puis les Etats-Unis ; son entourage voit son état se dégrader. Un matin à New-York, lors de son jogging, il s'écroule dans les bras d'Allan « Skill » Cole. Le chanteur a une tumeur au cerveau, il vient de faire un attaque de paralysie. Contre l'avis médical, il part le lendemain pour jouer son dernier concert à Pittsburgh. De nouveaux examens révèlent un cancer à l'estomac et un autre aux poumons. Marley est hospitalisé tout d'abord à New-York puis en Allemagne sous les ordres d'un médecin aux méthodes innovantes. Il retrouve tout d'abord un peu de sa santé, même s'il reste très affaibli, mais ce regain ne dure pas. Le 3 mai 1981, le docteur allemand déclare forfait, le 9, Bob rentre à Miami où il est hospitalisé. Le 11, tout est fini. Bob Marley est rapatrié dans son pays et a droit à des funérailles nationales. Le cortège qui suivit le cercueil de Kingston jusqu'à son mausolée à Nine Miles, son village natal, est interminable.
L'héritage de Marley est immense, car il n'a pas cessé de composer, d'enregistrer et de porter son message à travers le monde. Outre un album posthume à la magnifique pochette, Confrontation, Island et bien d'autres producteurs ont tenté de profiter de la célébrité du chanteur pour sortir de nombreux enregistrements et inédits de qualité inégale. Le plus célèbre est la compilation Legend, best of officiel sortie en 1984 et véritable succès des ventes. Le coffret de quatre CD Songs of freedom daté de 1992 est un des rares exemples de réédition fournie et soignée. En 1997 et 1998, trois coffrets de qualité, The complete Wailers 1967-1972, compilent la discographie des Wailers en regroupant la quasi intégralité des enregistrements antérieurs à Island, exhumant certaines raretés. La vie du chanteur a également été l'objet de deux documentaires eux aussi plutôt réussis, Carribean nights (1986) et Time will tell (1991), ainsi qu'une excellente biographie (qui a largement inspirée ce texte) simplement intitulée Bob Marley écrite par Stephen Davis. Ses enfants, au moins une dizaine dont certains issus de relations extra-conjugales, ont également portés l'héritage paternel en publiant un certain nombre de disques dans des styles reggae roots, plus moderne ou ragga. Les Wailers ont continué bien après sa mort à tourner sur toute la planète et de nombreux musiciens jamaïcains ont joué et jouent encore ses morceaux. Son influence musicale sur le reggae est inestimable et sur les autres musiques, comme le punk des Clash, sensible. Il reste également un modèle et un guide pour un grand nombre d'âmes qui cherchent à canaliser leur révolte et à trouver l'amour.
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